IDP : écoconcevoir le futur

Entrevue avec Bertrand Derome, directeur exécutif d’IDP.

En 1995, des chercheurs de l’Université de Sherbrooke et du CRIQ accompagnés d’industriels mettent en place l’Institut de développement de produit (IDP). Ces leaders en innovation spécialisés dans le développement de produits créent ainsi un lieu d’échange et de partage qui leur permet d’améliorer leurs pratiques et de les faire évoluer. Dix ans plus tard, toujours dirigé par Guy Belletête, l’IDP décide de former une initiative en écoconception, à laquelle participe Bertrand Derome, aujourd’hui directeur exécutif de l’IDP.

Qu’est-ce qui a motivé l’IDP à se tourner vers l’écoconception ?

Ce sont les travaux de maîtrise d’une membre de l’IDP, Nathalie Blouin, qui ont amené l’IDP à mettre en place une initiative en écoconception, avec pour objectif d’intégrer les enjeux environnementaux dès les premières phases de conception du produit. Nathalie est devenue la première employée de l’initiative, et j’ai joint l’équipe en 2006.

Au départ, l’IDP a adapté un outil de la France, grâce à une entente de partenariat. Toujours utilisé aujourd’hui, le Diagnostic d’écoconception sert à évaluer le cycle de vie d’un produit, les enjeux règlementaires, les attentes des parties prenantes et des donneurs d’ordre ainsi qu’à analyser des facteurs internes, tels les processus de développement de produits, les orientations et la stratégie d’innovation, les politiques d’approvisionnement et la gestion environnementale. Les interventions menées en entreprises par l’IDP sont supportées financièrement par le PARI-CNRC.

L’équipe est désormais composée de cinq professionnels qui aident les entreprises par le biais des diagnostics, du développement des compétences des professionnels impliqués dans le développement de produits et de l’accompagnement dans l’implantation des changements à l’interne.

Quelle a été la réponse des entreprises à votre offre ?

Depuis 2006, plus de 100 diagnostics d’écoconception ont été réalisés dans les entreprises, particulièrement dans les PME. Pour mieux répondre aux besoins exprimés par les entreprises, nous avons aussi mis en place des Réseaux d’amélioration, une formule qui offre aux entreprises participantes des formations et des sessions d’échanges privilégiés cinq fois par année ainsi que divers programmes de formations spécialisées supportés financièrement par le MDEIE.

Selon vous, quelle est la place des communications graphiques en ce qui concerne l’innovation et la compétitivité ?

La communication est intimement liée à une démarche de développement durable et à la réflexion sur l’écoconception. L’Europe est un leader dans le domaine présentement : on se préoccupe d’y instaurer des standards de communication sur l’empreinte carbone d’un produit, ce qui constitue une première étape intéressante. La France veut aller plus loin encore: elle mène en ce moment un projet pilote d’affichage environnemental qui impose la communication selon quatre indicateurs de performance, c’est un beau défi. Pour les entreprises qui souhaitent innover et se démarquer, cet affichage offrira une base de comparaison plus adéquate aux consommateurs. Le Québec pourrait prendre exemple sur ces projets pour mettre une initiative en place à son tour.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous impliquer au sein de PACT, à en devenir président ?

L’initiative de PACT est complémentaire à la nôtre et permet d’élargir le public sensibilisé au développement durable et à l’écoconception. C’est un public intéressé pour lequel il faut développer un projet spécifique. Quand Marie Reumont, avec son expérience de designer, nous a présenté son projet, nous avons cru dans son potentiel de joindre le monde du design et il nous a semblé naturel de l’appuyer dans ce projet.

Vous participez au projet pilote du PACTLAB, que pensez-vous de cette expérience?

La démarche expérimentée est fascinante et la dynamique créée par le jumelage du donneur d’ordre, du designer et de l’accompagnateur spécialiste du développement durable est vraiment intéressante. Nous avons été en mesure de générer de bons échanges, de faire évoluer la réflexion, c’est un processus très satisfaisant, auquel les participants ont bien répondu. Le projet pilote nous fait réaliser que notre accompagnement est nécessaire et pourrait être plus soutenu, particulièrement au début du projet, pour permettre aux gens d’aller plus loin.

Quel projet vous a inspiré récemment ?

Nous avons reçu une carte de Noël de Cascades la semaine dernière, un très beau clin d’œil à leur mission : la carte est imprimée sur du papier recyclé, bien entendu, mais elle est également réutilisable puisque l’endos est imprimé et sert de papier d’emballage. C’est simple, ça communique efficacement, c’est ludique et écoresponsable. Que demander de plus ?